Une création architecturale pour un lieu mythique

musée de la mer

Le premier acte de concrétisation du projet est la création ex nihilo d’un bâtiment spécifiquement conçu pour accueillir le Musée de la Mer et de la Marine dans toutes ses potentialités de réalisation. Et Norbert Fradin a voulu que cette création architecturale constitue en elle-même une fondation esthétiquement forte et chargée de sens dans un des lieux les plus symboliques de l’histoire maritime de Bordeaux. Il en a confié la conception à l’architecte bordelais Olivier Brochet, qui a déjà fait ses preuves avec succès dans l’architecture muséale, notamment à travers le Musée de l’Orangerie et le Musée de l’Homme à Paris, le Musée Fabre à Montpellier …

Un château, une tour de Babel, un immense albatros, une grande houle montante, le haut d’un paquebot  !… Devasemble le libérer dans un mouvement d’une légèreté saisissante, d’une élégance sobre, d’une sorte d’aisance naturelle à exister dans sa configuration originaire.

Ensuite, le bâtiment se prolonge verticalement sur plus de trente mètre de hauteur par une tour imposante, sorte de mât colossal ou de donjon improbable, qui porte le regard à l’élévation.

Tout autour, et c’est l’une des surprises les plus heureuses de la conception, une ceinture de jardins suspendus enveloppe le bâtiment d’un paysage inattendu mais non antinomique avec sa vocation première.

Toutes le façades sont élevées dans un béton laqué blanc : un resplendissement de blanc pur qui ajoute encore à la légèreté et l’élégance d’ensemble, en lui donnant cette lumière quasi irréelle, comme un éclat primitif de l’océan.

La structure baigne ainsi dans une ambiance de fluidité et de libre circulation qui repose sur une série préméditée de dualités actives : dualité de style entre le classique et le moderne, dualité formelle entre le monumental et l’élévation, dualité esthétique entre la puissance et l’harmonie, dualité structurelle entre le dehors et le dedans … C’est là l’une des volontés les plus fortes que Norbert Fradin a exprimée à l’architecte :  « Ce Musée doit être couvert pour abriter les collections mais le plus ouvert possible pour qu’on puisse entrer et sortir à sa guise … ». L’accès à l’ensemble des plateaux d’exposition intérieurs, comme aux jardins et aux espaces extérieurs, doit constituer un cheminement libre qui soit aussi une expérience d’émotion personnelle pour le visiteur.

À l’intérieur, le bâtiment développe ses structures d’aménagements dans un espace de 10 000 m2 sur trois niveaux successifs, dont plus de 6000 m2 spécialement dédiés aux activités de présentation et d’animation du Musée. Une salle de congrès de 800 m2, proposant 350 places, modulable et avec une capacité d’extension, un restaurant, un bistrot inter-actif, des lieux d’accueil … complètent cet ensemble intimement conçu pour que le visiteur y crée librement son propre séjour.

Tout est concerté dans l’oeuvre architecturale d’Olivier Brochet, pour situer ce bâtiment dans une perspective de durée, non pas hors du temps mais toujours actuel pour tous les temps, et défiant l’éphémère des modes.

« Le site est magique. C’est là qu’est né le port de Bordeaux, c’est là et nulle part ailleurs que le musée de la Marine devait s’installer. » C’est ainsi que Norbert Fradin explique le choix des Bassins à Flot pour accueillir le Musée de la Mer et de la Marine. Et en effet, nul autre choix n’aurait été plus symbolique, n’aurait eu autant de pertinence et de sens à la fois pour le Musée de la Mer et de la Marine et pour l’histoire de Bordeaux.

Un port où arrivaient les plus grands navires lourdement chargés de leurs cargaisons, et un centre industriel autour de la réparation navale dans les formes de radoub : les bassins à flot ont écrit l’une

des dernières grandes pages de l’histoire du Port de Bordeaux commencée il y a cent cinquante ans pour s’éteindre dans les années 1970. Mais son identité portuaire s’est si profondément attachée à ces lieux que, même dans la déshérence de leur état actuel de friche industrielle, la présence de cette vocation maritime s’y fait sentir avec la force d’imprégnation d’une histoire immortelle.

Le maire de la ville a lancé un vaste plan d’urbanisation sur ces « 22 hectares de plans d’eau entourés d’autant d’espaces de promenade » pour faire de ce quartier un lieu de renouveau, le lieu où Bordeaux ouvrira une nouvelle porte sur son avenir en réactivant les sources de son histoire.

Alain Juppé : «  Les Bassins à flot font partie de ces lieux mythiques qui, bien que très facilement accessibles, gardent un côté mystérieux et secret. Mystères d’une histoire révolue, celle du Port de Bordeaux à l’époque où il s’incarnait tout entier dans la ville … L’Unesco ne s’y est pas trompée : elle a classé ce grand paysage somptueux, comme le Bordeaux ancien, au patrimoine mondial de l’humanité. »

En s’installant aux Bassins à Flot, le Musée de la Mer et de la Marine vient ainsi s’inscrire directement dans l’histoire maritime de Bordeaux, dont il reprend le fil de mémoire pour le prolonger dans un nouveau destin et une nouvelle vie. Il n’aurait certes pas pu trouver ailleurs dans Bordeaux, où d’autres lieux gardent aussi des marques apparentes de son passé maritime, ce rapport direct, immédiat, on pourrait presque dire évident, et si puissamment symbolique, à la grande histoire du port de Bordeaux. Et si le Musée de la Mer et de la Marine n’avait pas trouvé sa demeure  aux Bassins à Flot, il aurait manqué à ceux-ci le point d’ancrage de sens qui fait le pont entre le passé et l’avenir … il leur aurait manqué leur véritable figure de proue.